Un siècle après leur érection, les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale ont-ils gardé leur force symbolique

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Un siècle plus tard, on se dit peut-être que la Première Guerre mondiale a duré quatre ans, de 1914-1918. D’accord pour les combats ; mais pour ses conséquences sur la société française, elle a duré bien plus longtemps.

Dans les années 1920, la France panse ses plaies. À commencer par rendre honneur à ses poilus, en érigeant des monuments aux morts. Christiane Lucotte, agrégée d’histoire, ancienne professeur à l’IUFM d’Orléans-Tours, revient pour La Rép‘ sur l’ambiance de l’époque. 

  • 1922 est-elle une année importante dans l’érection des monuments aux morts ?

« C’est une date assez tardive pour les monuments aux morts. J’ai repris la liste que j’avais établie sur 206 communes qui avaient demandé des subventions à l’État : en fait, 1922 est une année pauvre avec seulement 17 monuments. Le gros de la construction c’est 1920 et 1921, après ça va globalement jusqu’à fin 1924 car l’État arrête de payer sa participation. Après, il y en aura très peu. » 

« Chaque monument est une individualité » 

  • Le village de Chevilly célèbre le centenaire de son monument ce 11 novembre : a-t-il des caractéristiques remarquables ?

« Il est dans la droite ligne des monuments, il est banal, en colonne, avec un coq dessus ce qui n’est pas une particularité. Ma théorie est – il y a  des codes semblables évidemment – que chaque monument est une individualité. Parce qu’il vous donne le nom des poilus qui ne sont pas revenus. » 

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  • Est-ce qu’il y a eu des polémiques, des débats, au moment d’établir les listes des noms à inscrire sur les monuments ?

« L’État définit bien celui qui a droit à être inscrit sur le monument aux morts : celui qui est considéré comme « mort pour la France ». Une appellation bien définie, il doit être mort au combat ou des suites de ses blessures. Ensuite, il doit résider ou bien sa famille dans la commune. Parfois, on s’arrange parce que les familles avaient pu déménager depuis la fin de la guerre. Le critère essentiel reste mort pour la France. » 

Le cas des soldats morts de maladie ou d’accident 

« Non, eux n’avaient pas le droit à l’inscription. Ceux qui ont beaucoup protesté sont les familles des prisonniers qui sont morts en Allemagne et qui n’avaient pas droit à l’appellation « mort pour la France ». C’était alors un déshonneur. » 

  • Est-ce qu’il y a eu des doublons, des soldats inscrits sur deux monuments ?

« Oui, tout à fait. Des poilus sont inscrits deux fois, ce n’était pas un problème. Si la famille voulait le faire sur tel monument, cela se faisait. J’ai vu le cas de gens qui ont demandé l’inscription de leurs parents dans les années 1970. Après, ça s’est assoupli avec le temps. » 

« Ces monuments ont pris de l’importance » 

  • Justement, le temps a passé. Un siècle plus tard, quelle portée symbolique gardent encore ces monuments aux morts ?

« Ils ont pris beaucoup d’importance au moment du centenaire. Quand j’étais prof à l’IUFM d’Orléans, où j’assurais la formation des enseignants en histoire. Je leur disais que l’intérêt de ce monument est qu’il est dans toutes les communes de France. C’est un objet concret et c’est par les noms inscrits que vous allez entrer dans l’histoire de la Première Guerre mondiale et de la mémoire des hommes. Je lui trouve un intérêt toujours réel… Maintenant, dans les communes, on a parfois besoin de la place pour des réaménagements et ils sont parfois un peu relégués. Je pense par exemple à Germigny-les-Près où il a été déplacé. » , Un siècle après leur érection, les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale ont-ils gardé leur force symboliqueLe monument aux morts du quartier Saint-Marceau, à Orléans, a été réalisé en hommage aux morts de ce quartier au sud de le Loire : il porte les noms de 283 soldats morts.

« Une guerre qui a été un énorme traumatisme » 

  • Les monuments aux morts sont la mémoire des morts, c’est bien ça ?

    « C’est une guerre qui a été un énorme traumatisme : 1,4 million de tués, c’est terrible, toutes les familles ont été touchées par ce drame. C’est un traumatisme pour les familles qui ne peuvent récupérer les corps et donc le monument aux morts devient un tombeau de substitution qui permet aux familles de faire leur deuil. »

    , Un siècle après leur érection, les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale ont-ils gardé leur force symboliqueChristiane Lucotte

  • Les corps ont tout de même été rendus aux familles…

« Pas tous les corps. De 1914 à 1920, les familles doivent faire leur deuil sans un corps sur lequel aller se recueillir. A l’époque, le gouvernement disait : « les soldats tués doivent rester avec leurs frères d’armes ». On les enterre donc sur place, c’est la version officielle. Mais la réalité est qu’on était incapable de ramener 900 morts par jour, avec des batailles où il y a eu 10.000 ou 20.000 morts. C’était irréalisable. Et puis le moral de l’arrière n’aurait pas tenu. 

Mais les familles l’ont très mal pris. Alors elles ont demandé aux communes d’établir un tombeau de substitution devant lequel elles allaient pleurer. Elles ont tellement fait pression sur le gouvernement – certaines sont allées, illégalement, récupérer les corps (voir Au revoir là-haut) – que celui-ci a fini par céder et autoriser (décret du 28 septembre 1920) le rapatriement, prenant en charge les frais occasionnés. Tous ne l’ont pas été, on considère que 30% des corps ont été rapatriés. » 

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  • Est-ce qu’il y a des communes qui n’ont pas de monument aux morts, dans le Loiret par exemple ?

« Presque toutes ont leur monument, à trois ou quatre communes près. Mais les nommer ce serait presque une façon de les marquer ; s’ils n’ont pas eu de monument, c’est parce que c’était des petits villages et, avec un mort par exemple, ils l’ont fait inscrire dans le village voisin. Mais ce n’est pas vraiment significatif, cela tient sur les doigts d’une main dans le Loiret. » 

Propos recueillis par Philippe Cros

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