Sacré-Coeur de Montmartre : pourquoi le classement aux monuments historiques divise

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Publié le 15 oct. 2022 à 9:46

Un monument historique, le Sacré-Coeur ? A n’en pas douter oui : près de cent cinquante ans après le début de la construction de la basilique qui couronne la colline de Montmartre, les cinq coupoles qui modèlent l’horizon parisien sont sans nul doute indissociables de l’image de la capitale. Et pourtant : le Conseil municipal a donné son feu vert mardi au classement « monument historique » du Sacré-Coeur. Une distinction que l’édifice n’avait toujours pas.

Car si le monument est devenu un emblème de la ville de Paris, visité chaque année par des milliers de pèlerins et touristes du monde entier, sa « protection » ne fait pas l’unanimité. Pire, la majorité municipale de gauche s’est montrée divisée. En cause, la douloureuse mémoire de la colline, entre antique lieu de pèlerinage et théâtre de la répression sanglante qui a mis fin à la Commune .

Une colline sacrée

Avant que ne soit construit le Sacré-Coeur, la colline de Montmartre était déjà un site reconnu comme sacré par les chrétiens. Ce serait là que le premier évêque de Paris Denys et ses compagnons auraient été décapités en raison de leur foi, faisant du lieu le « mont des martyrs ». Un premier lieu de culte a été rapidement construit puis reconstruit, comme en témoigne encore aujourd’hui, à l’ombre de la basilique, la petite église paroissiale Saint-Pierre de Montmartre qui date du XIIe siècle.

En janvier 1871, un riche catholique, Alexandre Legentil, rédige un voeu dans lequel il promet de construire une église au Sacré-Coeur de Paris en guise de pénitence. Le Second Empire vient de tomber, après la défaite de Sedan face à la Prusse. « La France impériale était très généreuse avec les catholiques mais aussi critiquée pour son rapport à l’argent et au sexe », explique l’historien de l’architecture Alexandre Gady. « On croit payer les péchés d’une France pas assez chrétienne », ajoute-t-il.

D’autant plus que la mobilisation des troupes sur le front de l’Est oblige Napoléon III à retirer ses troupes de Rome. Or, si cette protection française a jusqu’alors permis de préserver ce qu’il restait des Etats pontificaux – le territoire administré par le Pape – face aux troupes de Victor-Emmanuel II, son départ entraîne immédiatement l’entrée des Italiens dans Rome et la fin de l’unification de la péninsule italienne . Un choc supplémentaire pour les catholiques.

L’ombre de la Commune

De fil en aiguille, notamment grâce à l’appui de personnages haut placés tel son beau-frère Hubert Rohault de Fleury, le voeu d’Alexandre Legentil prend une ampleur nationale. En 1873, l’Assemblée nationale – à majorité monarchiste – reconnaît le projet d’« utilité publique » afin de faciliter la construction de la basilique. La butte de Montmartre, point culminant de la Ville de Paris, est choisie par l’archevêque.

Or, entre-temps, la colline a été un des points clefs d’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de Paris : la Commune. Alors que le gouvernement monarchiste d’ Adolphe Thiers décide d’arrêter le combat avec les Prussiens, les habitants de Paris veulent poursuivre le combat et se déclarent indépendants. Cet épisode, important dans la mémoire de l’extrême gauche française en raison de l’expérience politique libertaire qu’elle représente, se termine dans une répression sanglante qui fait plusieurs milliers de morts.

Aussi, pour une partie de l’extrême gauche, le Sacré-Coeur est une insulte à la mémoire des martyrs de la Commune. Pour Danielle Simonnet, cheffe de file des Insoumis et communistes au Conseil de Paris, la construction de la basilique est une « volonté de montrer au peuple ceux qui avaient écrasé les Communards ». En 2017, la destruction de la basilique avait même été proposée dans le cadre du budget participatif de la Ville de Paris.

« Le monument n’a rien à voir avec l’idée qu’on se réjouirait des morts de la Commune, même si certains ont dit, au moment de la pose de la première pierre et de la souscription nationale lancée pour financer le projet, qu’il faillait expier les péchés de la Commune », nuance Alexandre Gady. « Il ne faut pas oublier que la Commune a pillé des églises, fusillé des prêtres et tué un archevêque de Paris. Ça a été l’attaque la plus violente contre des religieux depuis la Révolution française. Ce qui n’enlève rien à la répression sanglante des communards », ajoute l’historien.

Avec le classement aux monuments historiques, la Mairie de Paris espère apaiser la mémoire autour de la butte Montmartre. « Ce n’est pas seulement la basilique qui va être classée, mais aussi les annexes qui comportent les grilles, les escaliers et le square Louise-Michel » – l’une des grandes figures de la Commune -, souligne Karen Taïeb, adjointe à la maire de Paris en charge du patrimoine, de l’histoire de Paris et des relations avec les cultes.

Une prouesse architecturale

D’autant plus que le classement est justifié par l’intérêt architectural de l’édifice, défendent aussi bien Alexandre Gady que Karen Taïeb. Edifice romano-byzantin dans une ville de Paris marquée surtout par le gothique et le classicisme, le Sacré-Coeur repose sur des fondations « impressionnantes » en raison de l’instabilité de la butte Montmartre.

L’église est un des derniers exemples de construction toute en pierre, à une époque où le métal s’impose en architecture. Et pas n’importe quelle pierre, puisque les architectes ont choisi la pierre de Château-Landon, qui blanchit avec la pluie et explique la couleur incomparable de l’édifice. Sans compter sa crypte hors-norme, ses cinq coupoles, des décors majeurs…

« La basilique est en bonne santé », précise l’adjointe en charge du patrimoine. Aussi, si le classement aux monuments historiques permet à l’Etat de prendre en charge une partie des frais de restauration, « il n’y a pas de chantiers majeurs prévus », explique Karen Taïeb. Signe, s’il en fallait, que le classement du Sacré-Coeur est avant tout une reconnaissance de son architecture unique qui modèle l’horizon de Paris.

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